Sous le Signe de la Croix - Partie I

 



SAINT PIO DE PIETRELCINA (PADRE PIO) capucin et mystique(1887-1968)
 
'SOUS LE SIGNE DE LA CROIX'

 

1ère partie

 


Extraits du livre écrit par le Père DEROBERT, intime de San Padre PIO et probablement l'un des plus grands spécialistes du Saint Prêtre. 
 



“- Padre, mais je ne crois pas en Dieu.

 - Mais Dieu croit en toi !”


SOUS LE SIGNE DE LA CROIX d'après le père Jean Derobert



 

La vie de Padre Pio est un très grand mystère. Lui-même l'avouait : “Je suis un mystère pour moi-même !…C'est un mystère d'amour. Sa vie nous échappe pour mieux nous mener au pied de la croix et nous faire comprendre plus profondément tout ce que cela signifie pour nous. Et ce n'est que dans la prière que nous pouvons rejoindre un homme aussi proche de Dieu que l'était le cher Père. Les faits sont là, certes, comme autant de signes d'une emprise divine sur une créature. Padre Pio, premier Prêtre stigmatisé, disparaît derrière la Sainte Humanité du Christ.

 

 

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NAISSANCE


Il était né le 25 Mai 1887 à Pietrelcina, qui pourrait se traduire par “petite pierre”. De fait, ce petit village du Sannio, dans la Province de Bénévent, dans la région de Naples, est littéralement accroché à un rocher. Francesco Forgione (c'était son nom) fut habité dès le sein de sa mère par l'œuvre rédemptrice du Sauveur. Il l'avait confié au Père Agostino, son Père Spirituel : “Je souffrais dès avant ma naissance”. Il vécut quatre vingt un ans sous la motion de cette grâce de “victime” qui lui faisait dire : “Je suis crucifié d'amour” . Il fut baptisé dès le lendemain de sa naissance dans la petite église Sainte Marie des Anges qui se dresse tout près de sa maison natale. Francesco était le deuxième enfant d'une famille de cinq. Deux enfants étaient morts avant sa naissance, un petite sœur deviendra, elle aussi, religieuse Brigittine à Rome. Son père Grazio Forgione devra s'expatrier par deux fois en Amérique, à Buenos Aires, tout d'abord, puis à New York et dans la baie de la Jamaïque, pour payer les études de son fils et, plus tard, les dépenses médicales occasionnées par la piètre santé du jeune religieux. Il devra, en effet, passer sept longues années hors du couvent, dans sa famille, tant sa santé était délabrée. Quant à la mère, Maria-Giuseppa di Nunzio, c'était une femme pieuse, douce et ferme tout à la fois, très travailleuse car elle devait remplacer son époux dans le travail des champs. Elle était pleine d'attention pour son fils Francesco.

 

 

Vierge Marie

 

OFFRANDE


Dès l'âge de cinq ans, l'enfant jouissait de la vision de la Vierge Marie qu'il priait deux fois par jour à l'église. C'était un garçon silencieux, tranquille et très obéissant. Il disait lui même qu'il ne valait rien mais qu'il était un “maccherone senza sale”, une nouille insipide… Mais le confrère auquel il avait fait cette confidence lui avait répondu : “Vous le dites par sainte humilité !”, ce qui n'était pas faux ! Il jouait rarement avec les enfants de son âge car il ne supportait pas les blasphèmes et les jurons que certains proféraient souvent. Son meilleur compagnon de jeu, il le confiera plus tard, n'était autre que son Ange Gardien. Ses nuits étaient très tourmentées. Sans cesse, il était assailli par le démons de l'enfer et le petit Francesco se battait contre eux, en hurlant dès que sa mère avait soufflé la bougie et qu'il se trouvait dans le noir.

Les vexations diaboliques, c'est-à-dire les coups dont les démons frappaient le jeune enfant, commencèrent en fait à peu près à l'âge de quatre ans, selon le Père Benedetto, qui fut longtemps son Provincial. “Le diable, dit-il, se présentait sous des aspects hideux, et souvent menaçants, horribles, épouvantables”. C'était un tourment tel que le pauvre enfant ne pouvait pas dormir, il pleurait, mais il suffisait que “Mamma Peppa” allume à nouveau la lumière pour que, tout aussitôt, disparaisse le Prince des Ténèbres.

Le père, Zi'Grazio, lui, n'était au courant de rien et les cris de l'enfant avaient le don de lui taper sur les nerfs. Il poussait des cris si assourdissants qu'il menaça un jour de le jeter par la fenêtre s'il ne se calmait pas et il n'était pas loin de penser que cet enfant venait tout droit de l'enfer ! Sa mère lui avait répondu : “Nous l'élèverons pour expier nos péchés !” Et elle ne croyait pas si bien dire. Elle ne se doutait pas le moins du monde, à cette époque-là, de l'exceptionnelle vocation de son petit garçon. Ces attaques diaboliques ne cesserons pratiquement jamais et affligeront Padre Pio jusqu'à la mort

A cinq ans à peine, il caressait déjà l'idée de se donner tout entier à Dieu. Le Père Benedetto da San Marco in Lamis, qui fut son Provincial et l'un de ses directeurs spirituels, écrivait : “A cinq ou six ans, au Maître-Autel, lui apparut le Sacré Cœur de Jésus ; il lui fit signe d'approcher de l'autel et lui mit la main sur la tête, attestant d'accepter et de confirmer l'offrande faite à Lui-même et de se consacrer à son amour”. Et le Père Benedetto conclut : “Il sentit s'affermir sa décision et grandir l'ardeur de L'aimer et de se donner tout entier à Lui”. A cause de ce devoir de consécration, le petit Francesco redoubla d'intensité dans sa prière d'enfant. Il acceptait les souffrances et s'imposait même, lui, si jeune, des pénitences ! Un jour, “Mamma Peppa” le surprit — il n'avait à ce moment que huit ou neuf ans — derrière son lit, qui se frappait avec une chaîne de fer. Elle le supplia de s'arrêter, mais il continuait de plus belle. Elle lui demanda pourquoi il se frappait ainsi. “Je dois me battre comme les juifs ont battu Jésus, répondit l'enfant, et lui ont fait jaillir le sang sur les épaules !”

Le 27 Septembre 1899, Padre Pio fut confirmé et fit sa première communion. Il écrira plus tard : “Au souvenir de cette journée, je me sens tout entier dévoré par une flamme très vive qui brûle et ne fait pas mal…” Ce qui laisse entendre qu'il reçut pleinement les Dons du Saint Esprit. Grâce aux visites d'un Frère Capucin, Francesco décida catégoriquement d'être, comme lui, un religieux “avec la barbe”.

 

 


CAPUCIN

 


Le 6 Janvier 1903, Francesco entra au couvent de Morcone, non loin de Pietrelcina. A l'entrée, un écriteau donnait cet avertissement : “Ou la pénitence, ou l'enfer”. Le message était clair et le jeune Francesco qui avait tout juste seize ans, n'eut pas de peine à choisir et à s'engager résolument dans cette vie qui, à cette époque, était très austère et sévère. Il reçut son nom de religieux : désormais il sera “Fra Pio da Pietrelcina”. Plus que jamais, il devint un homme de prière et d'intercession. Sept années plus tard, en 1910, il confiera à son Provincial sa vocation de victime : “J' en viens à vous demander une permission, celle de m'offrir au Seigneur comme victime pour les pauvres pécheurs et les âmes du purgatoire. Ce désir s'est développé de plus en plus dans mon cœur, au point qu'il est devenu, dirai-je, une forte passion.

Il est vrai que cette offrande, je l'ai faite plusieurs fois au Seigneur, le conjurant de bien vouloir déverser sur moi les châtiments qui sont préparés pour les pécheurs et les âmes du purgatoire, même en les multipliant, pourvu qu'il convertisse et qu'il sauve les pécheurs et qu'il admette bien vite au Paradis les âmes du purgatoire. Mais maintenant je voudrais la faire, cette offrande, avec votre permission…” C'est tout simplement héroïque… Il avait reçu également le don des larmes. Lorsqu'il fut envoyé, pour y poursuivre ses études ecclésiastiques au couvent de Sant'Elia a Pianisi, il versait de telles quantités de larmes pendant l'oraison et après la communion que cela “formait un petit ruisseau” diront les témoins. Il avait accepté d'en donner la raison à son Père Spirituel : “Je pleure mes péchés et les péchés de tous les hommes…” Car Frère Pio était bien un vrai disciple du Poverello d'Assise, Saint François, qu'un paysan avait surpris en larmes “L'Amour n'est pas aimé !” s'était-il écrié.

Comment ne pas comprendre les attaques dont le démon, qu'il appelait “Barbe-Bleue”, lui infligeait. Combien de fois n'a-t-il pas été battu, jeté à bas de son lit, ligoté par celui auquel il arrachait les âmes ? J'ai été moi-même témoin des coups qu'il avait reçus durant la nuit. Il arrivait le matin, à la sacristie, pour s'y préparer à la Messe, le visage parfois tuméfié. Durant son repos forcé qui dura sept ans, à Pietrelcina, il s'était aménagé une cellule tout en haut d'un escalier de pierre, sur le rocher en face de sa maison natale. Si les murs de cette pièce pouvaient parler ! Ils portent encore les marques des luttes effroyables qui se sont déroulées à cet endroit. Il suivit ses études de Théologie à Serracapriola avec le Père Agostino da San Marco in Lamis, son premier directeur spirituel, ainsi qu'au couvent de Montefusco. Bientôt, il sera atteint par cette mystérieuse maladie, dont nous avons déjà fait mention, qui lui occasionna de très violentes douleurs. Il était à la fois dévoré par la fièvre et par l'amour de Dieu…

Une transpiration abondante, une toux qui lui arrachait la poitrine, se joignaient aux tourments d'ordre spirituel : il était assailli de scrupules… “Ce martyre, écrit Padre Pio dans une lettre du 17 Octobre 1915, fut très douloureux pour ma pauvre âme, à la fois par son intensité et par sa durée. Cela débuta, si je me souviens bien, vers l'âge de dix-huit ans et dura jusqu'à vingt et un an bien sonnés. Cependant, dans les deux premières années, ce fut presque insupportable. Lorsque mon âme souffrit cela, je me trouvais à Sant'Elia, puis à San Marco, et aussi ailleurs…”

Le 19 Décembre 1908, il reçut les Ordres Mineurs : Portier, Lecteur, Exorciste, Acolyte. Deux jours plus tard, dans la cathédrale de Bénévent, il fut ordonné Sous-Diacre. Mais ses mortifications et ses jeûnes eurent raison de sa santé et il dut interrompre le cours de ses études. C'est à ce moment-là qu'il commença son long “congé de maladie” au cours duquel il sera marqué, bien qu'invisiblement, des stigmates de la Passion du Seigneur. Ce fut, pour le jeune capucin, une période de vie intérieure intense, de continuelle pénitence et l'occasion d'une très rapide progression dans les voies de la sainteté A vingt trois ans, très malade et pensant à une mort prochaine, il demanda la faveur de l'Ordination Sacerdotale. Il fut donc ordonné le 10 Août 1910 dans la Cathédrale de Bénévent. Le voilà Prêtre pour l'éternité : “Comme j'étais heureux, ce jour-là, écrit-il, mon cœur était brûlant d'amour pour Jésus…J'ai commencé à goûter le paradis !” Sur l'image-souvenir de son Ordination Sacerdotale, il avait écrit son programme de vie : “Jésus, mon souffle et ma vie, aujourd'hui que, tremblant, je t'élève dans un mystère d'amour, qu'avec Toi, je sois pour le monde, voie, vérité, vie et pour Toi, Prêtre saint, victime parfaite”.

Alors commence cette longue série de Messes impressionnantes qu'il célèbrera jusqu'à sa mort. La dernière fois qu'il montera à l'autel, ce sera le 22 Septembre 1968, il mourra quelques heures plus tard, le 23 Septembre, à 2 heures 30, au cœur de la nuit….

 

 


STIGMATES

 


En cette tragique matinée du 20 Septembre 1918, Padre Pio est marqué des plaies de la crucifixion… Il les conservera cinquante années… Le 22 Octobre suivant, il doit, “par sainte obéissance”, raconter ce qui s'est passé à son Supérieur Provincial :

“… C'était le matin du 20 du mois dernier, écrit-il donc, après la célébration de la sainte Messe, quand je fus surpris par un repos semblable à un doux sommeil. Tous mes sens internes et externes, les facultés de mon esprit également, se trouvaient dans une quiétude indescriptible. Il y avait un silence total autour de moi. Il fut suivi immédiatement d'une grande paix et je m'abandonnais à la complète privation de tout. Il y eut un répit dans la ruine elle-même (Il s'agit, selon toute vraisemblance, de ce qu'il croit être le véritable état de son âme) — Et tout cela se produisit en un éclair. Et tandis que cela était en train de se réaliser, je vis devant moi un mystérieux personnage, semblable à celui que j'avais vu le soir du 5 Août (quand il reçut le ‘trait de feu’) qui se différenciait seulement en ceci : ses mains, ses pieds et son côté ruisselaient de sang.


Sa vue m'épouvanta, et ce que je ressentis en cet instant, je ne saurais vous le dire. Je me sentais mourir et je serais mort si le Seigneur n'était intervenu pour soutenir mon cœur que je sentais bondir dans ma poitrine. Ce personnage disparut de ma vue, et je m'aperçus que mes mains, mes pieds et mon côté étaient percés et ruisselaient de sang ! Imaginez la torture que j'éprouvais alors et que j'éprouve continuellement presque tous les jours…”


Il faut l'avoir vu à l'autel, les mains sanglantes !… J'ai eu la grâce de lui servir la messe ! Il fallait voir le sang qui coulait de ses mains blessées… un sang parfumé mystérieusement !… Il fallait l'entendre prononcer à mi-voix des paroles à l'adresse de Celui qui était là, sur l'autel, continuant, en son Prêtre, à offrir au Père le Sacrifice rédempteur. Vraiment, là, on comprenait que le Prêtre, à l'autel, ne peut qu'être identifié au Christ souffrant. Il doit lui-même, offrir tout son être à Jésus comme une “humanité de surcroît”. La grâce de Padre Pio était, pour les Prêtres, la prise de conscience de cette identification au Crucifié du Golgotha. Non, après avoir assisté, ou plus exactement, participé à la Messe que célébrait le Père dans le petit matin de San Giovanni Rotondo, les Prêtres ne peuvent plus célébrer la Messe comme avant… Ils sont Jésus-Christ !…

 

 

 


BIEN DES AMES

 


La célébrité de Padre Pio ne fit que croître ; les âmes affluaient autour de son autel et auprès de son confessionnal. Padre Pio avait, en effet, reçu le don infus de la scrutation des consciences et du discernement des esprits. Il dévoilait les fautes oubliées, et j'ai, à ce sujet, des souvenirs quelque peu “cuisants” !… Il montrait la gravité de certains péchés, considérés par les pénitents comme véniels et secouait les plus tenaces des fidèles. Et ceux-ci n'hésitaient pas à participer à la Messe du saint Prêtre qui, entrecoupée d'extases, durait le plus souvent plus de deux heures.

 


PERSECUTIONS


A la suite de plusieurs examens des stigmates de Padre Pio, une polémique, puis, une persécution, fut déclenchée. Le Saint Office prit plusieurs mesures restrictives malgré les vives réactions des pèlerins. Du 11 Juin 1931 au 15 Juillet 1933, Padre Pio resta prisonnier dans son couvent. La seule permission qu'il obtint fut celle de pouvoir célébrer la Messe… en privé, dans la chapelle intérieure… deux longues années terribles pour lui !

En 1942, selon la volonté du Pape Pie XII, Padre Pio fut l'initiateur des Groupes de Prière. Cette œuvre allait de pair avec celle de la “Casa Sollievo della Sofferenza” (Maison du Soulagement de la Souffrance) C'était le grandiose hôpital qu'il avait fait construire tout à côté du couvent.

Le 5 Mai 1956 fut donc inauguré solennellement ce grand édifice. Mais les importantes sommes d'argent qui seront données à Padre Pio pour ce Centre de soins, et qui provenaient de la foule de ses fils spirituels venant du monde entier, furent la cause d'une deuxième série de persécutions. Padre Pio ne voulait pas que l'on parle de ces persécutions*. Elles constituent une page très douloureuse dans la vie du stigmatisé du Gargano. Elles ont cependant existé. Elles sont le fait de personnes ecclésiastiques et non de l'Église elle-même. Elles ont servi à la plus grande Gloire de Dieu puisqu'elles n'ont fait que prouver un peu plus la sainteté du Religieux de San Giovanni Rotondo, par l'obéissance et la patience dont il donna le témoignage.

* M.I : tout le contraire des faux prophètes qui reprennent à leur avantage, le fait que Padre Pio ait été l'objet d'un rejet de l'église !

 


 

 

 

 

 

MIRACLE DE LA DERNIERE MESSE


Lors de la Messe solennelle qu'il célébra pour le cinquantième anniversaire de sa stigmatisation, les Groupes de Prière avaient entouré Padre Pio de leur vénération et de leur affection. A l'issue de l'Office, il eut un collapsus et s'effondra. On l'emporta dans sa cellule… Il rendit sa belle âme à Dieu au cœur de la nuit suivante. Mais, un certain temps après la mort constatée, les cicatrices même des plaies qui avaient marqué son corps pendant un demi-siècle disparurent d'un coup et la peau redevint comme celle d'un petit enfant.. comme s'il n'y avait jamais eu la moindre blessure. J'ai dit, dans l'ouvrage que j'ai rédigé sur celui qui fit mon Père spirituel tendrement aimé puisque c'est lui-même qui me prit comme fils, le “fils de son cœur” comme il disait : “Padre Pio, Transparent de Dieu”, que le Père avait été ici-bas comme “l'incarnation mystique de Jésus”, le Seigneur ayant pris possession totalement de tout l'être de cet humble religieux. La mission qui était de ramener à Dieu les hommes qui s'étaient éloignés de Lui, était désormais terminée. Padre Pio mourut. Et il ne resta plus ici-bas, que les membres de Francesco Forgione qui n'avaient jamais foulé notre terre… Tel était Padre Pio...

 


FLASHS SUR PADRE PIO


Je me souviendrai toujours de cette lointaine soirée d'Octobre 1955 où j'ai rencontré pour la première fois Padre Pio… J'avais été conduit à la tribune de la petite église du couvent en longeant des couloirs sombres sur lequel s'ouvraient les portes des cellules. J'avais pris place à côté d'un religieux dont je me souviens qu'il était, ce soir-là, fort enrhumé ! Je fus attiré de suite par l'expression étrange de son visage, tendu vers un au-delà que lui seul voyait. Il passa sa main sur son front dans un geste qui devait lui être familier, cette main portait un gant, ou plus précisément, une mitaine… J'étais à côté de Padre Pio, cet homme que j'avais eu si peur de rencontrer… Car “l'ennemi des âmes”, comme disait le Père lui-même, n'avait évidemment aucun intérêt à ce que nous nous rencontrions ! J'avais surpris Padre Pio dans sa prière. Et j'ai compris alors ce que voulaient dire des mots comme “recueillement”, “concentration d'esprit”, “regards d'amour sur Dieu”. De temps à autre, ses yeux se portaient sur le tabernacle que l'on apercevait à travers la balustrade qui fermait le chœur monastique, ou bien ils s'élevaient vers cet émouvant crucifix qui se dressait au dessus d'elle… celui-là même qui avait été le témoin, sinon l'auteur, de sa stigmatisation au matin du Vendredi 20 Septembre 1918. Padre Pio était vraiment l'homme de la prière. C'était aussi l'homme de la souffrance, l'homme du pardon, l'homme de l'offrande. Voilà les quatre “points cardinaux” de cette attachante personnalité.

 

 

Padre Pio


HOMME DE LA PRIERE

 


Chaque soir, Padre Pio présidait la cérémonie qui réunissait les fidèles dans la petite église du couvent avant que ne fut construite la grande basilique. On y récitait le chapelet, on y donnait la Bénédiction Eucharistique. On y récitait également la fameuse “Neuvaine irrésistible” au Sacré Cœur de Jésus et la “Visite à la Madone”. Entendre cette voix était quelque chose d'inoubliable et, dès les premiers jours, j'en fus bouleversé et profondément ému. Il y a, certes, beaucoup de gens qui sont capables de lire un texte intelligemment, et même avec du sentiment, en y mettant le ton ! Mais ces phrases, prononcées par Padre Pio, se revêtaient d'un exceptionnel relief. On y sentait la vibration intense d'une âme remplie de foi. C'était l'effusion la plus suave qui soit d'un cœur plein d'amour. Padre Pio scandait chacune des paroles. Il les prononçait avec un accent tel qu'on ne pouvait pas ne pas en être remué et ému jusqu'aux larmes. Lui-même, d'ailleurs, prononçait certains mots avec des sanglots dans la voix. Tel a été mon premier contact avec lui. Et la simple évocation de ce souvenir me bouleverse encore !

A la Messe, en prononçant les paroles de la Consécration, Padre Pio souffrait atrocement. Il savait bien, lui, ce qu'était la souffrance physique et ce qu'était la souffrance morale ou spirituelle… Et comme il savait aussi que seule la souffrance est capable de racheter le monde parce qu'elle est porteuse de rédemption, Padre Pio unissait ses propres souffrances à celles du Seigneur en Sa douloureuse Passion. Et cette offrande, il la faisait passer toute entière dans sa prière. Il savait bien aussi ce qu'était cette terrible “nuit de l'esprit” dont parle saint Jean de la Croix et dans laquelle il s'est trouvé plongé dès son plus jeune âge jusqu'au moment de la définitive et irréversible rencontre, dans l'éternel face à face au delà de la mort, lorsque, enfin, ses yeux ont pu contempler Dieu sans voile.

Ce qu'il conseillait aux âmes qui s'adressaient à lui et qu'il guidait vers les plus hauts sommets de la vie spirituelle et mystique, il l'a vécu, lui, le premier dans sa piété la plus profonde. Lorsque dans toute sa vie les tempêtes s'étaient abattues plus fortement et plus violemment sur lui, lorsque la Croix, qui avait été plantée au cœur de sa vie, s'était faite plus lourde, lorsqu'il prenait sur lui les innombrables intentions qui, de tous les coins du monde, avaient afflué vers lui, vers ce paratonnerre des hommes, il déposait tout dans le Cœur de Jésus, il mettait en Lui seul toute sa foi et toute son espérance. Il récitait chaque jour cette “Neuvaine irrésistible” dont les mots, pour lui, et sur ses lèvres, revêtaient une tonalité proprement “mantrique” Cette prière s'appelle “irrésistible” parce qu'elle est fondée sur trois affirmations solennelles du Seigneur Lui-même.

Nous lisons, dans l'Évangile, ces trois promesses, et, exprimées par Padre Pio, elles ne pouvaient pas laisser le Cœur de Jésus insensible. Voilà cette prière : “O mon Jésus qui avez dit : ‘En vérité, en vérité, je vous le dis, demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et il vous sera répondu’, voilà que je frappe, je cherche et je demande (telle) grâce…” “O mon Jésus qui avez dit : &En vérité, en vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, Il vous l'accordera’. Voici qu'à Votre Père, en Votre Nom, je demande (telle) grâce… “O mon Jésus qui avez dit : ‘En vérité, en vérité, je vous le dis, le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point !’ Voici que, m'appuyant sur l'infaillibilité de vos saintes paroles, je demande (telle) grâce…” Et chaque parole, chaque formulation de la grâce implorée, était suivie de la récitation d'un “Notre Père”, à cause de la soumission à la Volonté de Dieu, d'un “Je vous salue, Marie”, car Notre Dame était là pour appuyer cette prière, et d'un “Gloire au Père…”, pour exprimer, par avance et dans la confiance, notre remerciement à Dieu.

Venait ensuite, à chaque fois, l'invocation : “Cœur Sacré de Jésus, j'ai confiance en Vous !” Ainsi priait Padre Pio…Il priait bien, il priait beaucoup, il priait toujours. Il était, au plein sens du terme, “l'homme fait prière”. Jamais il ne se lassait de prier. Bien plus, on lit dans les lettres qu'il écrivait à ses Directeurs spirituels, qu'il se plaignait de ne jamais avoir assez de temps pour prier. Il avait écrit un jour : “Je voudrais que les journées aient quarante heures !” Il priait partout, à l'autel, au confessionnal, à sa place au matronée de la basilique où on le voyait lever son chapelet comme pour le montrer aux fidèles qui, en bas, le regardaient, priaient avec lui, priaient par lui. Il priait dans les escaliers, dans les couloirs, dans l'ascenseur, dans sa cellule le jour, la nuit, à l'exception des très rares heures de sommeil.

Il priait avec des gémissements du cœur, il priait avec des “oraisons jaculatoires”, mais il priait spécialement avec son chapelet. Il s'était promis de ne pas réciter moins de cinq rosaires par jour. Il fut vraiment un “dévoreur” de chapelets. Un jour, son Supérieur lui demanda combien de chapelets il avait récités dans la journée. Et Padre Pio avait répondu : “Bah ! al mio Superiore, devo dire la verità !… J'en ai récité trente quatre !…” Il répétait souvent : “Allez à la Madone, faites-la aimer ! Récitez toujours le Rosaire. Récitez-le bien ! Récitez le plus que vous pourrez !” Il priait pour ceux qui s'étaient recommandés à sa prière et aussi, chose étrange, pour ceux dont le Seigneur lui soufflait l'intention, même s'il ne les connaissait pas. Sa prière ornait et en même temps nourrissait sa constante, profonde et habituelle union à Dieu.

Padre Pio nous a laissé ce grand exemple de prière. Il nous a fait comprendre que tout travail spirituel ne peut être accompli et réussi si, à la base, il n'y a pas ce regard d'amour porté sur Dieu dans une intense prière. Et dans sa prière, Padre Pio était arrivé au sommet de l'union transformante de Dieu, aux sphères les plus élevées de l'échelle mystique…

Le 18 Avril 1912, il avait raconté à son Père Spirituel une lutte terrible qu'il avait eu à soutenir contre l'enfer qui pratiquement chaque nuit le frappait et le persécutait de toutes les façons possibles, et la consolation du Seigneur lui était venue après la Messe : “A la fin de la Messe, écrit-il donc, je me suis entretenu avec Jésus pour l'action de grâce. O combien fut suave le colloque tenu avec le Paradis ce matin !… Le Cœur de Jésus et le mien se fondirent. Ce n'étaient plus deux cœurs qui battaient, mais un seul. Mon cœur avait disparu comme une goutte d'eau s'évanouit dans la mer…” Padre Pio pleurait de joie et il ajoutait : “Quand le Paradis envahit un cœur, ce cœur affligé, exilé, faible et mortel ne peut le supporter sans pleurer…” Il disait : “Soyez des âmes de prière. Ne vous fatiguez jamais de prier. C'est la chose essentielle. La prière fait violence au Cœur de Dieu, elle obtient les grâces nécessaires !” Padre Pio était un homme de prière. C'était aussi — et par voie de conséquence — un homme de souffrance.

 

 


HOMME DE SOUFFRANCE

 


Si toute la vie terrestre du Seigneur ne fut qu'un continuel martyre qui aboutit au Calvaire, on peut en dire tout autant de la vie de Padre Pio. C'est vraiment l'homme de la souffrance : il souffrait dans son corps et il souffrait dans son âme. Il faut lire et relire toutes les lettres qu'il a échangées avec ses Directeurs Spirituels, le Père Benedetto et le Père Agostino. Cet échange de correspondance débuta dans les tout premiers jours de sa vie religieuse. Ces lettres nous ont révélé quelle fut la souffrance la plus intime et la plus déchirante, quelle fut l'épreuve terrible à laquelle le Seigneur avait soumis son humble serviteur : c'était l'incertitude de son amour pour Dieu, l'incertitude d'accomplir Sa Volonté, l'incertitude de se trouver en état de grâce, l'incertitude de son propre salut éternel. Il ne voyait plus clair. Lors de la dernière rencontre que j'ai eue avec lui, un mois et demi avant sa mort, il me fit cette demande qui étonna beaucoup le jeune Prêtre que j'étais alors : “Mon fils, prie pour que je garde la foi !…” Telle est l'épreuve à laquelle Dieu soumet d'ordinaire les âmes qu'il veut purifier le plus parfaitement possible parce qu'il veut les élever aux plus hauts degrés d'union avec Lui par d'ineffables expériences mystiques. C'est ainsi que lui, qui eut à diriger un nombre incalculable d'âmes dans les voies de la spiritualité la plus exigeante, demeura, quant à lui, dans la “nuit de l'esprit” la plus profonde. Ses Directeurs spirituels lui prodiguaient de sages conseils et, bien souvent, il les “resservait” aux âmes qui s'adressaient à lui, et même, le cas échéant, à ses Directeurs eux-mêmes qui étaient devenus ses “dirigés” ! Mais ces conseils ne l'effleuraient même pas et il s'étonnait de cette insensibilité. Il avait dit : “Je suis un mystère pour moi-même !” Il souffrit aussi, à l'extérieur de son âme, de toutes les calomnies que le Démon avait déchaînées contre lui. On l'avait accusé de violer le Vœu de Pauvreté en manipulant d'importantes sommes d'argent alors qu'il rendait compte scrupuleusement à ses Supérieurs. D'ailleurs, le Pape Pie XII lui-même l'avait expressément autorisé à administrer le grandiose hôpital qu'il avait fait édifier avec les dons de ses fils spirituels. On l'accusa même sur son honnêteté, sur la pureté de ses mœurs à cause du groupe de ses filles spirituelles. Il en a beaucoup souffert. Il souffrit des persécutions auxquelles il fut soumis, de sa ségrégation, de ne pouvoir, pendant de longs mois, administrer le Sacrement de la Réconciliation… Il souffrait de tout ce que l'on publiait sur son compte… Il a souffert du fanatisme de certaines personnes qui vivaient autour du couvent et qui élevaient, entre le monde et lui, une inexplicable barrière. Il demeura dans l'obéissance, offrant à Dieu cette intolérable souffrance morale que Dieu avait permise pour aider à sa propre sanctification. Mais la grande souffrance de Padre Pio dans son corps, ce fut, sans conteste, l'impression dans ses membres des sacrés stigmates de la Passion. Le célèbre savant, le Professeur Enrico Medi, qui était un fils spirituel du Père, avait déclaré un jour : “Il me semble que, dans la vie de l'Église, dans l'Histoire de l'Église, il n'y a pas eu de saint à qui Dieu ait demandé autant de sang qu'à Padre Pio…” Cette souffrance fut la participation de Padre Pio à la Passion rédemptrice de Jésus, ou plutôt il faut dire que Jésus était venu revivre sa vie et Sa Passion en Padre Pio. C'est pour cela qu'il fut, au plein sens du terme, un “Transparent de Dieu”.


 


HOMME DU PARDON

 


Padre Pio a été l'homme de Dieu qui absout pour conférer aux pécheurs la grâce sanctifiante et les réconcilier avec Dieu. La Grâce Sanctifiante est un Don surnaturel qui est fait à l'âme et qui nous rend fils de Dieu, frères de Jésus, membres de l'Église et héritiers du Paradis. Telle est la définition du Catéchisme. Ce Don de Dieu, reçu au Baptême, se perd par le péché et se retrouve par l'Absolution On peut regarder Padre Pio comme un puissant intermédiaire entre nous et Dieu pour nous obtenir les grâces qui nous sont nécessaires. Mais il faut surtout le regarder comme un grand distributeur de la Grâce, avec un “G” majuscule, car c'est bien la Grâce Sanctifiante qu'il a distribuée tant et tant de fois pendant plus d'un demi-siècle. Depuis 1918, pas un jour de repos, pas un jour de répit, sauf les jours où la maladie le contraignait à garder le lit, mais ce n'était pas du repos pour lui. Pendant un demi-siècle, il a subi les assauts répétés de ces foules de pénitents de toutes catégories sociales, de toutes les nations, de ces gens qui étaient avides de voir Dieu de tout près.

A San Giovanni Rotondo, il y avait un autel et un confessionnal… Padre Pio, par son assiduité au confessionnal, nous a appris la valeur de la Grâce Sanctifiante, la beauté de cette Grâce qui est si riche et qui est, finalement, la condition du salut éternel. Au plus fort de son activité, il passait parfois jusqu'à dix sept heures au confessionnal ! Lorsque, pendant les quelques six mois qu'il passa au couvent Sainte Anne de Foggià avant de monter définitivement à San Giovanni Rotondo, le peuple parlait de lui et disait ; “il Padre che confessa…” ou bien “il confessore…” Il était devenu un martyr du confessionnal, un martyr du Sacrement du Pardon et de la Miséricorde de Dieu. Padre Pio fut donc l'homme qui absout pour redonner aux âmes cette Grâce Sanctifiante, mais il voulait voir, en chacune de ces âmes les dispositions suffisantes. Il n'absolvait pas celui — ou celle — qui ne méritait pas l'absolution. Il avait écrit à un Prêtre ami :

“Si l'on savait comme il est terrible de s'asseoir au Tribunal de la Confession ! Nous administrons le Sang du Christ ! Attention à ne pas le répandre avec légèreté !”

Il condamnait et haïssait le péché et il employait souvent des paroles fortes et sévères par amour du pécheur, pour sa conversion et pour son salut. Il disait souvent : “Je ne donne pas de gâteau à celui qui a besoin d'une purge !” Il était terrible pour les pénitents superficiels, pour ceux qui n'étaient pas sincères, ceux qui étaient hypocrites. Car il lisait dans les consciences et il lui arrivait de dire au pénitent ses propres péchés avant même que celui-ci ait eu le temps d'ouvrir la bouche. J'en ai fait moi-même la douloureuse expérience !… Mais par contre, avec les vrais repentis, quel accueil ! Quelle douceur ! Qu'il était bon avec les pécheurs qu'il avait une ou plusieurs fois chassés du confessionnal parce qu'il voyait bien que leur repentir n'était pas sincère et qu'ils n'étaient pas prêts à quitter leurs péchés et qui revenaient à lui, humblement, sincèrement repentis et contrits !

Il les aimait tant, ces pécheurs ! Il avait appris à les connaître pendant les trois courts séjours qu'il fut contraint d'effectuer à l'armée pendant la Grande Guerre. La Providence avait permis que cet ange de délicatesse et de pureté puisse approcher ce milieu où parfois règne une certaine grossièreté, pour qu'il apprenne à aimer l'homme pécheur. Il était si heureux de donner l'Absolution, car il disait que, au degré de Grâce Sanctifiante que l'on avait atteint sur la terre correspondait exactement le degré de gloire dans le Paradis pour toute l'éternité. Padre Pio confesseur… Padre Pio directeur d'âmes… Avec quelle sollicitude il suivait et guidait ceux qui s'étaient confiés à ses soins et qui étaient ses enfants spirituels, les “fils de son cœur”, comme il les appelait.

Les lettres qu'il avait échangées avec eux lorsqu'il pouvait encore écrire en témoignent abondamment. Il était très exigeant avec ses fils spirituels. Il leur disait : “Je vous accueille bien volontiers comme mes fils spirituels, mais à condition que vous vous comportiez toujours bien et que vous ne me fassiez pas faire mauvaise figure devant Dieu et devant les hommes, que vous soyez des exemples de vie chrétienne. Autrement, je sais aussi employer le bâton !” Il les incitait à accomplir fidèlement leurs devoirs religieux, leurs devoirs de famille, leur devoir professionnel et social. Il les exhortait à être des âmes de prière, fidèles à la méditation quotidienne et à la mortification. Il les poussait à accepter et à reprendre la croix de chaque jour et à marcher dans la joie sur le chemin de la sainteté, attentifs à conserver la paix de l'âme, la tranquillité d'esprit, la sérénité et la bonté dans les rapports avec les autres. C'est ainsi, affirmait-il, que l'on pouvait se constituer cet important capital de Grâce Sanctifiante et se préparer une meilleure place auprès de Dieu Padre Pio nous lance donc un appel pressant à la confession fréquente et à la conversion de chaque jour. Cet appel, Padre Pio l'adressait spécialement au monde d'aujourd'hui si éloigné de la foi et de la pratique religieuse, si enclin au péché et au blasphème, si esclave des passions les plus avilissantes, si attiré par certaines idéologies et par les sectes toujours plus envahissantes. Padre Pio adressait cet appel à ce monde qui viole si facilement les lois du mariage, le respect de la personne humaine depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle. Il l'adressait à ce monde qui, aujourd'hui, joue un jeu très dangereux avec la Génétique et la Bioéthique. Ce monde-là, Padre Pio le rappelait — et le rappelle encore — à revenir vers Dieu. Pour cela, il encourageait beaucoup à prier la Vierge, Notre Dame des Grâces, la Mère de la Divine Grâce, la Porte du Ciel…

 

 

 

 

HOMME DE L'OFFRANDE

 


Padre Pio était celui qui offrait la divine Victime à l'autel. Chacun sait à quel point était impressionnante, émouvante, sublime, tragique, la Messe de Padre Pio ! C'était quelque chose d'unique au monde. Pourquoi ?… Peut-être parce que cette Messe durait en général près de deux heures et que, de temps à autre, il était arrivé au Père de rester à l'autel quatre ou cinq heures, comme cela s'était souvent produit lors de sa ségrégation qui dura deux longues années, de 1929 à 1931. Rien que pour cela, elle aurait déjà été extraordinaire. Cela aurait du faire fuir les fidèles qui préfèrent des Messes rapides et bien enlevées ! Au contraire, les foules arrivaient, nombreuses, pour participer à cette Messe hors du commun que Padre Pio célébrait à cinq heures du matin ! Il y faisait passer toute sa personne, toute sa vocation de co-rédempteur à côté de l'Unique Rédempteur, toute sa mission de témoin de Dieu, sa mission de salut et de sanctification qu'il accomplissait au confessionnal, mais plus encore sur cet autel. “Sanctifie-toi et sanctifie !” lui avait dit le Seigneur dès son enfance… A l'autel, le Père était transfiguré. Son visage, très pâle et, en même temps, très ardent, était parfois inondé de larmes. Souvent, je l'ai vu ainsi. L'intensité de sa ferveur, les douloureuses contractions de son corps, la beauté de ses gestes, certains sanglots silencieux, tout montrait qu'il vivait intensément la Passion du Christ. On avait l'impression que toute distance de temps et d'espace entre l'autel et le Calvaire s'était évanouie. On avait l'impression très nette, la certitude même, d'être comme physiquement présents sur ce rocher du Golgotha ou autour de la table de la Cène. Et voir Padre Pio élever l'hostie dans ses mains transverbérées et sanglantes rendait plus sensible encore l'union mystique du Prêtre qui offrait et de la Victime qui offrait son Sacrifice. Padre Pio avait répondu à l'une de ses filles spirituelles qui lui demandait : “Père, pour nous, qui êtes-vous ?” — “Au milieu de vous, je suis le frère, au confessionnal, le juge, à l'autel, la victime !” Chaque jour, à l'autel, le Père revivait cet événement de sa propre crucifixion, le Vendredi 20 Septembre 1918…

 


 

PADRE PIO, HOMME DE LA MESSE


C'était le modèle, pourrait-on dire, de chaque Prêtre… On ne pouvait pas “assister” à sa Messe, on devenait, presque malgré soi, “participant” de ce drame qui se jouait chaque matin sur l'autel. Crucifié avec le Crucifié, le Père revivait la Passion de Jésus avec une douleur dont j'ai été le témoin ému et bouleversé. J'étais le privilégié, car je lui servais la Messe. Le Père nous apprenait par là que notre salut ne pourrait s'obtenir que si, d'abord, la Croix était plantée dans notre vie. Il disait “Je crois que la très Sainte Eucharistie est le grand moyen pour aspirer à la sainte Perfection, mais il faut la recevoir avec le désir et l'engagement d'ôter de son cœur tout ce qui déplaît à Celui que nous voulons avoir en nous”. (27 Juillet 1917) Il m'avait expliqué, peu après mon Ordination Sacerdotale, qu'il fallait, en célébrant l'Eucharistie, mettre en parallèle la chronologie de la Messe et celle de la Passion de Jésus. Il s'agissait de comprendre et de réaliser, tout d'abord, que le Prêtre à l'autel EST Jésus Christ, et qu'il ne Le représente pas seulement. Dès lors, Jésus, en son Prêtre, revit indéfiniment la même Passion :


Du signe de la croix initial jusqu'à l'Offertoire, il faut rejoindre Jésus à Gethsémani, il faut le suivre dans son agonie, souffrant devant cet océan de péché, cette “marée noire” de refus de Dieu. Il faut le rejoindre dans sa douleur de voir que la Parole du Père, qu'il était venu nous apporter, ne serait pas reçue, ou si mal, par les hommes. Et c'est dans cette optique qu'il faut écouter les Lectures de la Messe comme si elles nous étaient personnellement adressées. L'Offertoire, c'est l'arrestation. L'Heure est venue…

La Préface, c'est le chant de louange et de remerciement que Jésus adresse au Père car Il lui a permis de parvenir enfin à cette Heure. Depuis le début de la Prière Eucharistique jusqu'à la Consécration, on rejoint (rapidement !…) Jésus dans son emprisonnement, dans son atroce flagellation, son couronnement d'épines et son chemin de croix dans les ruelles de Jérusalem, regardant, au “Memento”, tous ceux qui sont là et pour lesquels nous prions spécialement.La Consécration nous donne le Corps livré… maintenant, le Sang versé… maintenant. C'est — mystiquement — le moment de la crucifixion du Seigneur dans la méditation que nous faisons à mesure que la liturgie se déroule. A ce moment de la Messe, Padre Pio souffrait atrocement… il ressentait à ce moment, les clous qui fixaient Jésus à la Croix.On rejoignait ensuite Jésus en croix et offrant, en cet instant, au Père, son Sacrifice rédempteur. C'est le sens de la prière liturgique qui suit immédiatement la Consécration. Le “Par Lui, avec Lui et en Lui” correspond au cri de Jésus : “Père, je remets mon âme entre Tes mains !” Dès lors, le Sacrifice est consommé et accepté par le Père.Les hommes, désormais, ne sont plus séparés de Dieu et ils se retrouvent unis. C'est la raison pour laquelle, à cet instant, on récite la prière de tous les enfants de Dieu, le “Notre Père…”La fraction de l'hostie marque la mort de Jésus…L'intinction, le moment où le Prêtre laisse tomber une parcelle du Corps du Christ dans le calice du Précieux Sang, marque le moment de la résurrection, car le Corps et le Sang sont à nouveau réunis et c'est au Christ vivant que nous allons communier.La bénédiction du Prêtre marque les fidèles de la croix comme d'un signe distinctif et comme un bouclier protecteur contre les assauts du Malin…


On comprendra qu'après avoir entendu de la bouche même du cher Père une telle explication, sachant bien que, lui, vivait douloureusement cela, il m'ait demandé de le suivre sur ce chemin… ce que je fais chaque jour… et avec quelle joie ! Et lorsque que le Lundi 23 Septembre 1968, à deux heures du matin, il se trouvait sur le fauteuil de sa cellule, revêtu de son habit de capucin, serrant entre ses doigts son chapelet et qu'il expira doucement en murmurant les noms de Jésus et de Marie, il pouvait ajouter, comme on le dit en Italie : “La Messa è finita, andate in pace !…” La Messe est finie, allez dans la paix !

C'était la Messe de l'homme de Dieu qui s'offrait lui-même comme victime. Padre Pio nous invite à mettre vraiment la Messe au centre de notre vie, nous unissant nous-mêmes à la divine Victime par la foi et l'amour, réalisant le plus parfaitement possible cette fusion par la communion. Toute la personnalité de Padre Pio, sa grande figure mystique, se résume dans ces quatre points que nous venons de voir :

1° – Padre Pio, c'est l'homme de Dieu qui prie et qui nous laisse comme message : “Soyez,, vous aussi, des âmes de prière. Priez,, unis à vos frères, dans les Groupes de Prière !”

2° – Padre Pio, c'est l'homme de Dieu qui souffre et qui nous laisse comme message : “Acceptez et vivez le Christianisme authentique et intégral, c'est-à-dire, le Christianisme avec la Croix !”

3° – Padre Pio, c'est l'homme de Dieu qui absout et qui pardonne et qui nous laisse comme message : “Avec le Sacrement de Réconciliation, fréquemment reçu, vivez et grandissez dans la Grâce Sanctifiante !”

4° – Padre Pio, c'est l'homme de Dieu qui s'offre avec Jésus et qui nous laisse comme message : “A la Messe, offrez Jésus crucifié et offrez-vous, vous-mêmes, avec Lui !”

Padre Pio est maintenant dans la Gloire du Ciel… ainsi va le déclarer le Successeur de Pierre, parlant au nom de l'Église toute entière. Nous savons bien que, de là-haut, il nous regarde, il bénit et protège tous ceux qui, dans le monde entier, qu'il avait, ici-bas, accueillis comme “fils et filles de son cœur”. Il ne pourra oublier tous ceux qui, de plus en plus nombreux, écoutent sa parole, méditent ses écrits, accueillent son message, son invitation à la sainteté. Car la mission du Père était bien celle-ci : nous entraîner à sa suite afin d'entrer avec lui dans le Cœur du Christ.

 


Père DEROBERThttp://perso.wanadoo.fr/jean-derobert/menu.html

 

A suivre...

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